Review : La Terre est l'oreille de l'ours

La Terre est l'oreille de l'ours - Une célébration du vivant
Jil Silberstein

Par une nuit d'automne 1992, égaré au cœur de la forêt subarctique, un homme connait la frayeur de sa vie. Douze ans plus tard, il décide de revenir à l'univers végétal et animal qui l'a tant effrayé. De s'y livrer. D'apprendre à son contact. A mesure qu'il explore la forêt alentour, sur les collines et en suivant le lit d'une rivière, Jil Silberstein retrouve le souvenir de ses séjours au Canada, parmi les Indiens. et il prend la mesure de la folie techniciste de notre civilisation. Pourtant, c'est toujours l'émerveillement qui prédomine lorsque l'auteur, à l'aube ou au crépuscule, entre dans les bois - invitant chacun de nous à en retrouver le chemin.
Soir après soir, durant près de trois ans, il a transcrit ses notes de terrains, ses remémorations, ses pensées et le fruit de lectures ferventes dans les domaines des sciences naturelles et de l'environnement, de la psychologie, de la poésie, de la spiritualité et de l'anthropologie. Carnet d'un "recours aux forêts", ce livre est une lente remontée vers l'origine. On y perçoit le miracle de la polyphonie du Vivant, on y comprend l'intime solidarité de l'homme avec la terre nourricière.



La terre est l'oreille de l'ours m'est tombé presque entre les mains, de façon incongrue. De la même manière que l'on se rend à la caisse pour payer ses livres et que d'un regard on tombe sur l'ouvrage qu'il nous fallait alors qu'on est passé et repassé devant déjà une bonne dizaine de fois.
Bref. Le quatrième de couverture me paraissait vraiment alléchant, je l'ai lu en diagonale, pressée par le temps et les mots clés que mon cerveau a retenu pendant ce laps de temps correspondaient tout à fait au genre de lecture que je cherchais en ce moment.

En refermant cet ouvrage, je peux affirmer deux choses : j'ai été à la fois enchantée du contenu et à la fois très déçue. Pour le premier point, j'ai été ravie car ce livre recèle des mines d'informations que l'on ne va jamais chercher, ou que l'on ne cherche pas à savoir : la migration des oiseaux, les terriers des blaireaux et renards, pourquoi telle plante pousse ici et pas là, le langage défensif des arbres etc. Chaque page délivre quelque chose que vous ne savez pas, parfois de manière écolière, souvent de façon drôle. L'écriture est légère et personnelle, on entre dans ce livre comme si on ouvrait un journal de bord, intime ; des paragraphes très courts, parfois deux lignes, d'autres de plusieurs pages. Il n'y a pas de rythme global, seulement le passage des saisons. Des extraits de livres, pour la plupart des livres de chercheurs (ethnologues, anthropo etc) mais aussi des poèmes. On navigue entre l'Amérique du Nord et l'Asie. J'ai pu pour mon plus grand bonheur découvrir deux, trois, auteurs que j'espère approfondir bientôt. 

Ma joie pourtant s'arrête là. On nous annonce un livre racontant un homme qui explore la forêt et ses alentours, or pendant les bons 3/4 du livres l'auteur n'est pas dans la forêt, il revient sur des tonnes de flash-back de ses expéditions dans le Nord, sur son quotidien à la ferme, sur des conversations avec ses amis, sur des souvenirs avec sa compagne, il parle énormément des oiseaux, mais point de forêt. Je m'attendais vraiment à découvrir les notes d'un homme qui va à la rencontre de ce monument végétal, de ses premières découvertes, ses moments d'extases, ses peurs également. Il en parle tout au début certes mais nous largue aussi sec pour nous raconter des choses globalement intéressantes (j'avoue que j'ai pas mal skippé les épisodes sur ses flash-back dans le Nord, je ne me sens pas du tout proche des traditions chamaniques de cette partie du globe) mais dont on se demande ce qu'elles peuvent bien faire là. Pendant tout le livre j'ai plutôt eu l'impression qu'il avait évité la forêt plus qu'il n'a eu envie de la connaitre. Il s'est infiniment plus attardé sur la rivière qui jouxte son terrain, sur les oiseaux. Observateur c'est sûr il l'est mais je me suis dit plus d'une fois que le quatrième de couverture devait être réécrit. Sa manie de sauter du coq à l'âne est souvent pénible, on entre à peine dans un sujet qu'il s'arrête brusquement pour parler d'autre chose, aux antipodes. Il parle également souvent de ses croquis que j'aurais bien voulu voir, petite frustration. Les informations que l'on trouve à la fin aurait du se trouver au début : parler des arbres en fin d'ouvrage, trois ans après son envie viscérale comme il le dit de découvrir la forêt ça me parait gros et un peu foutage de gueule.
Pas une fois j'ai eu l'impression qu'il avait vraiment eu cette envie viscérale de s'immerger complètement dans la forêt. Il en parle par petites touches, de son silence et à la fois de son langage mais là encore en se rapportant aux animaux. Si je ne m'abuse la forêt est avant tout une entité végétale, or il n'y a que peu de passages où il s'y arrête comparé à ceux sur les animaux et les humains. L'impression de tourner perpétuellement en rond, de rester juste aux bords, de l'effleurer, mais de s'en éloigner toujours, préoccupé par les interrogations et états d'âmes humains. Lorsque sa compagne meurt le tout tourne à la catharsis, parfois gênante, qui n'avait rien à faire dans cet ouvrage.

Bien sûr la forêt agit généralement sur nous comme un levier qui abaisse certaines barrières, en fait éclater d'autres, et nous met face à des questions, des réflexions, que l'on ne voulait pas entendre. Un des meilleurs professeurs qui soit. Dans ce cas là il aurait fallu repenser l'approche de cet ouvrage.

A la fin du livre vous deviendrez incollable sur les oiseaux c'est sûr, sur les grenouilles, les hérons, vous pourrez sortir quelques noms de chercheurs histoire de briller en société, mais la forêt ... elle, c'est malheureusement la grande absente.
Quant aux deux dernières phrases du résumé du livre, il n'y a aucune "remontée vers l'origine", à part la remontée dans les souvenirs d'un homme ; le prétendu miracle du Vivant n'existe que pour ceux qui n'ont jamais encore levé le nez de leur nombril.


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