Pourquoi je ne lis que très peu de livres ésotériques



Lorsque j'ai commencé à fouiner du côté des livres de magie et ésotérisme, tard en fait vers mes 18/19 ans, j'ai assez vite déchanté. Vu que je ne pratiquais rien de précis j'ai délaissé les rayons wicca et magie blanche de même que tout ce qui me paraissait trop "telle couleur pour tel type de magie". Je me suis dirigée vers quelque chose qui me semblait plus instinctif, moins figé dans des règles et des codes : tout ce qui était "magie verte", élémentale, petite sorcière au dessus de son chaudron. Mais là aussi mon enthousiasme n'a pas fait long feu, j'avais l'impression désagréable de tourner en rond dans mes lectures, de trouver toujours les mêmes choses et le tout faisait trop lisse
Moi je voulais qu'on me parle de terre, d'os et de sang, de douleurs, de doutes, de passions. Je voulais qu'on me parle d'expériences puissantes, traumatisantes, de personnes qui prenaient les sentiers de poussière et de petits cailloux qui roulent sous les pieds.
Certes j'ai toujours adoré les beaux livres et il y en a beaucoup dans ce domaine. Ceux qui parlent de grimoires, d'anciens ou prétendus anciens sortilèges et rituels, d'herbiers ... Et j'en ai quelques uns, deux ou trois, qui me paraissaient judicieux de garder sous le coude pour des recherches personnelles ensuite à propos de symboliques, d'histoire de la magie notamment (des traces de la fac sans doute qui resteront à jamais et de mon goût pour la recherche en général). Plusieurs années après je dois dire qu'il y en a que je n'ai plus jamais ouvert, d'autres qu'il ne me déplairait pas de refourguer mais que je garde tout de même pour mon fils, plus tard, si jamais ...

J'ai aussi fait quelques tours et détours du côté des livres de "maitres" (vous savez ceux qui sont en rouge, en poche, y'en a des tas) mais sans jamais en acheter, j'avais à la fois la curieuse impression que c'était des livres bling-bling car on trouvait de tout dans cette collection (et j'ai horreur des collections fourre-tout j'ai toujours l'impression qu'ils mettent tout dans le même panier, tant que ça se vend) mais aussi que je n'avais pas assez progressé personnellement, dans ma spiritualité et mes pratiques, pour comprendre des choses aussi complexes. Quand aux livres clairement new-age je passais devant en les lorgnant d'un mauvais œil.

Je ne dis pas que ces livres sont inutiles, je pense que nous faisons de très mauvais demandeurs d'ouvrages. Nous nous plaignons sans cesse que la littérature ésotérique est effroyable de niaiseries et d'ouvrages honteusement mal écrits, mal documentés, mais beaucoup en achètent, ce n'est pas demain la veille que les auteurs se remettront en question ou que d'autres qui sortent du lot se feront leur petite place. Bien sûr il faut commencer avec quelque chose mais ce n'est pas parce que l'on débarque fraichement dans ces domaines que l'on est pour autant complètement ignare et que l'on ne sait pas juger si le livre a l'air de contenir des informations qui paraissent fiables ou s'il s'agit seulement d'un torchon servant à gonfler l'égo déjà démesuré d'un mec qui prétend connaitre les origines de je ne sais quoi ou qui s'est fait contacté par des petits hommes aux grand yeux qui lui ont changé son code génétique. Chacun est libre de lire ce qu'il veut mais c'est aussi notre droit de demander des livres dignes de ce nom.

Dans le même temps je ne sais pas pourquoi j'ai fait un blocage sur les livres en anglais prétextant pour moi-même que de toute manière je n'avais pas le niveau, que le vocabulaire serait bien trop spécifique et que je n'avais pas envie de passer 15mn sur chaque pages avec un dico. Grave erreur ! Non seulement, finissant de râler dans mon coin et sautant le pas, je me suis rendue compte que mon niveau était toujours très bon et que le coup du dico ne m'empêchait pas de parvenir à une lecture agréable. Hélas, le premier bouquin "Hedgewitch" de Rae Beth fut un désastre et j'ai attendu encore quelques années pour en racheter un autre, que je n'ai toujours pas fini : "Witchcraft Medecine" (Collectif) qui heureusement est très bien jusqu'ici mais très dense. Dès lors en furetant vers les livres anglophones je me suis rendue compte du gouffre intersidéral qui existe entre la littérature française et eux, puisque, globalement, ils ont tout. C'est à dire le mauvais, comme nous, mais surtout les très bons, les excellents bouquins, jamais traduits en français naturellement et que nous ne sommes pas près de voir arriver. Et rien que pour enfoncer le clou du côté germanique c'est la même chose, j'ai acheté un livre en allemand sur un gars qui a fait toutes les recherches possibles et inimaginables sur la région où je vis, qui est française ! et son bouquin n'est pas édité chez nous, de rage je m'en suis emparée tout en sachant que cette fois-ci par contre j'étais totalement incapable de le lire. J'en ai toujours gros !

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C'est sans doute mon parcours spirituel qui m'a fait m'éloigner des livres strictement ésotériques. Plus le temps a passé et plus je me suis rendue compte que j'apprenais plus dans des livres qui n'étaient pas du tout connotés comme tels mais qui recélaient mille et un trésors. Je suis toujours curieuse quand je vois un rayon éso et spirituel dans une librairie mais j'y passe rarement plus de 5mn. Dix ans après mes premières déambulations livresques, pour la majeure partie j'ai toujours l'impression que c'en est au même point : les innombrables et non moins drôles livres sur la fin du monde, sur les êtres différents, sur le magnétisme, sur le pouvoir de l'esprit, sur le tarot etc. Rien a changé, j'ai l'impression qu'on ne sait pas écrire sur autre chose.
Alors petit à petit je me suis tournée vers les classiques (Shakespeare, Byron, Yeats,etc, ha ben oui mais c'est pas ma faute si les auteurs anglais sont excellentissimes), vers des livres traitant de rapports homme/nature,  d'ethnologues et anthropologues, de médecins, mais aussi de classiques chinois et japonais (et indien bientôt), la Bible (eh oui !), les contes, les légendes/épopées/mythes, les chansons, les tableaux et peintures,les biographies d'hommes et de femmes qui ne sont pas à proprement parler du milieu éso. Je me penche sur des essais, beaucoup de critiques, d'ouvrages philosophiques. En fait je me rends compte que plus le temps passe et plus je m'éloigne et sors du cercle de la littérature éso parce qu'elle ne m'apporte rien. Quand on vit une spiritualité libérée c'est à dire qui n'est pas dissociée de la vie quotidienne (je suis chez moi avec mes petits bibelos, ma douce musique, mes tarots et mon chat; je sors de chez moi et tout le reste est resté dans mon appart) je pense pouvoir dire, sans avoir peur de trop me tromper, qu'au bout d'un moment les bouquins éso, tout ce qui est connoté éso en fait, ben y'en a ras le bol. Parce que c'est totalement engoncé, fermé, que ça va pas plus loin que le sacro saint machin et que si t'as pas lu Crowley t'es qu'un naze et que t'es passé à côté des ba-si-ques. Je ne l'ai jamais lu, ni lui ni Bardon, ni Gardner ni aucun(e) autre et je ne me sens pas plus bête que le parfait petit occulstiste qui aura appris sa leçon par cœur. Ouuuuh je généralise, c'est pas bien ! Mais franchement qu'est-ce qu'on en a croisé des personnes qui vous soutiennent mordicus que si vous avez pas lu vos classiques vous n'avez aucune culture ésotérique/spirituelle. D'abord, de quoi je me mêle, et reviens plus tard, dans 5 ou 10 ans quand t'auras compris qu'une lecture spirituelle ne se trouve pas forcément dans le rayon portant son nom.

Je n'ai jamais autant avancé qu'en sortant de la mode ésotérique, en revenant tout simplement à une littérature que j'aime et non pas que je dois lire. En prenant le temps de faire de nouvelles découvertes, d'aller plus loin dans mes recherches et d'ouvrir autant que faire se peut mon esprit, ma compréhension, pour d'autres domaines qui ne sont pas ésotériques mais qui sont totalement complémentaires. Je ne dis pas que si je tombe sur un livre éso très connu et qui a l'air bien je vais le snober mais je pense fermement qu'il ne faut pas se contenter de ce genre de lecture.

On peut très bien se forger une spiritualité très personnelle, efficace et foisonnante en ayant jamais lu de livres ésotériques/spirituels, en revanche, le contraire est tout à fait possible : se gaver de livres éso et ne jamais arriver à rien, rester dans quelque chose de creux et pauvre.





4 commentaires:

  1. Un post tout à fait intéressant, qui donnerait des idées à certains. Avec au passage un petit coup de pied dans la fourmilière ;)

    C'est très intéressant cette idée de détour. Le fait que finalement, tu t'es enrichie bien plus en allant chercher à d'autres sources, d'autres "domaine" (en fait d'autres "cases"). Ca montre bien que beaucoup de gens attendent qu'on leur ponde tout cru le truc dans la bouche sans chercher eux-mêmes, et sans aller à la source originale... Et évidemment, cette façon de prendre le chemin de traverse et de faire des découvertes merveilleuses, ça me parle beaucoup ^^ J'ai un peu perdu ce côté malheureusement, car je rentre dans des besoins beaucoup plus techniques, mais autrefois ça m'a appris beaucoup. ET finalement, peut-être que ça serait les lectures qui me conviendraient le mieux aujourd'hui (vu que je délaisse les bouquins finalement, je m'en rends tout juste compte!)

    Bref, du grain à moudre. ;)

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  2. Je pense que quand on a des besoins "techniques" comme tu dis là en revanche quelques classiques ou livres très ciblés me semblent incontournables. Mais là aussi se pose la question de savoir vers quels genres de livres se tourner tellement il y en a ! Je ne sais pas si on peut prendre des chemins de traverses littéraires pour ce genre de choses, sûrement, mais après une très longue recherche ou un bol pas croyable pour trouver les bons bouquins. Parfois aussi on trouve ce qu'on cherche tout bêtement dans notre quotidien ... mais bon se serait encore un pavé ça ^^"

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  3. J'ai connu un peu la même démarche à mes débuts, achats compulsifs de bouquins éso, et je me suis vite rendue compte que la plupart ne répondaient pas à mes attentes... et faire le tri à un niveau néophyte est très difficile. C'est à ce moment que je me suis tournée aussi vers d'autres sources, et que j'ai entre autre découvert les forums, et bien sûr LO. Je me rend compte avec un peu d'expérience, que j'achète de moins en moins de bouquins "éso", sauf quelques uns très ciblés. Avec le temps, on apprend à faire le tri, et aussi à ne pas se surcharger (d'ailleurs, si les bouquins choisis sont bons, on y trouve aussi des références et biblio qui nous ouvrent encore des portes...

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    1. Ha oui les références en fin de bouquin, parfois c'est ce que je regarde en premier ! Il y a de vrais trésors à découvrir dans ces listes.

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