Le minimalisme, la campagne, la ville et autres merveilles existentielles



Je n'étais pas sûre au départ de vouloir écrire cet article, préférant attendre de voir si mes réflexions allaient évoluer au lieu de tout poser à chaud, mais finalement je me suis rendue compte que tout ce qui va suivre constitue une grosse part de mes dites réflexions régulières. Probablement certains paragraphes feront échos à d'anciens articles, c'est normal, pour beaucoup de points je n'ai pas changé mais ma façon d'expliquer mes points de vue, sans doute s'est-elle affinée du moins je l'espère.
Comme le titre le laisse sous entendre il va y avoir du gros qui en apparence ressemble à un gros fourre-tout mais personnellement je m'y retrouve et en l'occurrence c'est ce qui compte avant tout (si vous êtes largué il suffit de poser vos questions en commentaires ou par mail ..).


Récemment il y a eu une mini vague d'articles qui disaient en gros "je ne veux pas vivre à la campagne et être une petite sorcière comme dans les livres d'images et je vous emmerde". Ce qui en soi est plutôt positif, casser des idées toutes faites c'est toujours bien. Là où ça m'a un peu gonflé c'est que systématiquement le contre argument en prend plein la gueule et est, lui, stéréotypé à fond. Du coup forcément, oui, je me suis sentie un peu visée quelques secondes mais surtout je ne voyais pas la logique des rapprochements faits ni l'apparente petite colère / blasitude / cynisme (etc). Alors que les choses soient claires : on peut très bien habiter en forêt et avoir le net / l'eau courante et même chaude si c'est pas merveilleux / et y'a même des villes à 15/20 mn juste à côté ! En attendant y'a personne qui vous oblige à être comme ceci ou comme cela à part vous-même.
Bon, j'arrête mes piques à deux balles qui n'ont aucun mérite. Soyons un peu plus sérieux. Le fait est que moi aussi je suis coincée entre deux ambivalences, c'est normal. Vous avez vu l'époque qu'on se tape ?
Nous sommes constamment tiraillés par nos pulsions et envies qui ne sont que les reflets de ce que l'on nous montre quotidiennement (donc pas les nôtres en fait), nous ne savons pas ce que nous voulons la plupart du temps, nous consommons pour une fausse jouissance et pour boucher les trous qui s'agrandissent à une allure effrayante, et que dire des maladies affectives si ce n'est qu'on pourrait écrire une trilogie de 1000 pages qu'on en aurait pas encore fait le tour. A côté de ça Nestlé, Coca et autres ont l'ultime culot de nous dire "ohlala attention ça va pas du tout ça vous mangez comme des merdes, vous faites pas de sport, vous êtes gras comme des cochons de chez Miyazaki, bouh c'est pas bien faut revoir tout ça hein ! *pause* venez acheter nos super nouveaux produits bourrés de sucres raffinés qui vous feront encore plus culpabiliser pour ensuite vous donner envie d'acheter nos super produits pour faire du sport, on sait bien que c'est l'enfer, que vous recommencerez mais c'est pas grave, nous on s'en fout on se fait de la thune sur votre cul !". Oui je dis des gros mots et alors ? Vous croyez qu'ils font quoi dans leur réunion, ils se bidonnent bien comme il faut parce qu'ils nous prennent pour des cons et que ça marche. Si j'étais dans leurs chaussures, avec rien à la place du cœur et le dollar gravé sur ma rétine je ferais exactement pareil, et vous aussi vous leurrez pas.

Nous sommes tous schizophrènes, nous voulons tous habiter une super baraque et en même temps ne pas avoir de voisins à des kilomètres à la ronde. On veut tous aller claquer 500 balles dans les soldes  et en même temps devenir minimaliste. Avoir le meilleur du meilleur sans se bouger les fesses. La bonne blague ! Et je suis comme ça aussi, je suis peut-être même encore pire vu que je suis dans la spiritualité et donc par extension je suis sensée être un avatar du bouddha. C'est une boutade bien évidemment, que l'on soit dans la spiritualité ou pas on est tous pareils, on a tous le même cerveau et on baigne tous dans cette crasse publicitaire, personne n'y échappe à moins d'être dans un monastère sur la montagne et de n'avoir aucun contact avec l'extérieur sauf avec des paysans illettrés qui n'ont jamais vu une ville de leur vie.   
Là où ça devient beau c'est quand on choisit de ne plus être schizo, en revanche c'est l'entreprise la plus ardue qui soit parce que tout d'un coup, dans la foule qui avance tout droit d'un pas bien décidé on s'arrête et on fait demi tour, bousculant et bousculé par tout les autres, visages anonymes et vies sacrifiées. Quand j'ai fait ce demi tour j'étais jeune et ma famille ne me comprenait pas, sans compter que le dialogue était nul. Probablement une des raisons majeures de mes grosses conneries par la suite. J'avais pris conscience, j'étais éveillée à autre chose, mais incapable de l'exprimer à part par la violence, le rejet, le dégout et par dessus tout la fuite.


Alors devenir minimaliste, pourquoi ? Récemment j'ai lu un article qui m'a laissée totalement perplexe : "Breaking The Sentimental Attachment To Books". WTF ? Si on va par là breakons le sentimental attachement aux chats, aux chiens, au mari, au gosse ... ha non c'est vrai ça c'est minimaliste faut bien la petite famille voyons (et comme on le sait dans notre chère société "moderne" on en vient à considérer les animaux comme des humains, youpi bravo !). S'il y a bien quelque chose qui me sort par les yeux ce sont les extrêmes. Et le minimalisme, les dieux savent que c'est la porte ouverte à ce genre de choses. Moi une maison sans bouquins je trouve ça vide, et pas dans le bon sens. Y'a pas d'âme, c'est pire que de ne pas avoir de thés dans son placard. Que peut-il y avoir de mal à vouloir garder des livres surtout si c'est un héritage que l'on compose avec soin ? J'en ai marre des gens qui clament à tout va qu'il ne faut rien garder, garder c'est le mal, s'attacher c'est le mal, les objets c'est le mal, balancez tout dans la rue, ne gardez qu'une paire de chaussettes et deux culottes vous connaitrez la félicité ! Hé ho ça va bien oui ?! Donc oui bien sûr devenons de parfaites enveloppes vides, détachées de tout, qui ne s'attachent pas, qui ne se construisent pas de souvenirs, qui ne construisent pas d'histoire familiale. Que n'y a t-il pas plus beau trésor qu'un objet chéri passant de génération en génération ! Les vieux albums jaunis par le temps, les robes dentelées témoins d'une époque élégante, des mouchoirs brodés etc ... les jeter comme de vulgaires débris sous prétexte qu'il ne faut avoir que 100 objets maximum chez soi ?
Le minimalisme sain existe mais pas sous cette forme. Et peut-on parler encore de minimalisme ? N'est-ce pas tout simplement une question de bon sens et de logique ? Dans un espace trop dénudé je me sens mal à l'aise, de même que dans un étouffé sous des tonnes de bricoles. Comme à l'accoutumé tout est question de mesure. Le minimalisme est avant tout une philosophie zen, philosophie que les occidentaux ne connaissent que très mal et qui n'est tout simplement pas dans notre Histoire. Je ne dis pas qu'un occidental ne peut pas suivre la voie du zen, je dis qu'il y aura beaucoup d'efforts à faire pour "remodeler" tout un mode de pensées acquis depuis la naissance qui n'a strictement rien à voir avec la pensée japonaise. La plupart des sites occidentaux sur le minimalisme n'ont rien à voir avec la voie zen, ce sont simplement des astuces pour avoir la conscience tranquille et pour créer un miroir aux alouettes : je dépense moins, j'ai moins d'objets, donc je ne suis plus esclave d'un système. Ce n'est pas ça le zen. C'est avant tout une démarche profondément difficile, violente, qui casse complètement tout ce qui a été appris, ce n'est pas un mode d'emploi pour devenir bobo-cool proche des questions environnementales.

Je suis comme tout le monde, une femme 2.0. Gorgée d'images pixelisées, complètement gaga devant des hologrammes et émerveillée par les prouesses technologiques surtout quand elles servent à quelque chose (comme d'aider un homme ayant perdu ses jambes à marcher le plus fluidement possible etc). Je ne me séparerais pour rien au monde de mon pc qui me permet d'être en relation avec le reste du globe et avec mes proches, qui me permet de découvrir mille et une choses. Je ne rejette pas l'époque dans laquelle je vis, j'essaie de trouver le juste milieu qui me permette de me dire que ce que je fais est bien, que je participe même à ma petite échelle à quelque chose de meilleur. A côté de ça oui, je souhaite avoir une maison en bordure de forêt où admirer les chevreuils, renards et autres merveilles se repaitre du jour qui se lève. Manger les oeufs de mes poules et apprendre les mille et uns secrets du végétal à mon fils. Où y a t-il une contradiction ? 
Plus les choses se cassent la figure autour de nous et plus nous avons des tilts, des épiphanies, des prises de conscience. C'est cet oppressement, cette sensation qu'un jour proche tout va vraiment péter, qui nous pousse à nous recentrer, comme un besoin urgent de découvrir ce qu'en fait on ne voyait pas avant de passer de l'autre côté et ainsi ne rien regretter. La spiritualité vient quand le dérèglement intérieur est trop profond, trop violent. Rejeter la ville, mais pourquoi ? J'en ai besoin, pour aller faire mes courses, pour aller à la poste, pour aller au ciné, à des rencontres, pour les infâmes papiers administratifs etc. La ville existe on ne peut pas la rejeter, même les moines ! Seulement, dans mon cas, elle ne sert qu'à ça, le minimum vital. Elle n'est pas mon centre de vie, elle n'est pas la mégalopole qui me fait tourner la tête et qui me fait sentir vivante. Et alors, devrais-je m'en excuser ou me justifier ? (pas pareil que d'expliquer, ce que je fais ici). Ce sont mes choix, je ne les impose pas, je ne dis pas qu'ils sont meilleurs que les vôtres.

Ce que j'essaie d'intégrer dans ma vie, comme une constante et une parfaite logique, c'est que le sentiment de boulimie (nourriture, visuel etc) n'est jamais bon. Et si par une quelconque astuce je peux réduire les choses je le fais volontiers sans pour autant vouloir les effacer sauf lorsqu'au bout d'une période je me rends effectivement compte que je n'en ai plus besoin. Ca passe pour le coup forcément par des tas de nouveaux achats, contre productif, mais après quand on a précisément ciblé les bonnes choses l'équilibre revient. Je ne cherche pas à être parfaite ou à ressembler à une certaine image parce qu'il le faut ou parce que j'ai l'impression que je suis obligée. Qui ça peut bien regarder de toute manière ? Comme si j'avais une ribambelle de groupies ! Je fais ce que je veux, point, pas par attente des autres, pas par projection, mais parce-que-je-le-veux. 


Je ne vais pas aller faire une manif contre les minimalistes, y'a déjà bien trop de cons qui descendent dans la rue ces temps-ci à qui on devrait coudre la bouche. Seulement c'est leur droit de penser ce qu'ils pensent et cela reste un fondement de ma propre liberté et de celle que j'apprends à mon gamin. On a tout à fait le droit de ne pas être d'accord avec les autres mais que cela reste intime, marcher dans la rue contre l'amour est probablement la chose la plus abjecte qu'il m'a été donnée de voir jusqu'ici. Une personne a parfaitement le droit de penser que pour être heureux il ne faut que 100 objets dans sa maison en revanche elle n'a pas le droit de vouloir l'imposer aux autres. L'intimité, cette grande chasse gardée, complètement massacrée et quasi inexistante. On mélange ce qui est public et ce qui doit rester privé, au 21 ème siècle on est pas capables de faire mieux ...





∞ Et tant que j'y suis, n'oubliez pas ∞




3 commentaires:

  1. je trouve que la mini vague dont tu parles est très homogène et qu'on est toutes finalement assez d'accord.
    J'aime bien ce que tu écris et n'y voit aucune contradiction.

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  2. Yyyeaahhhh !!!!!! Equilibre bordel, équilibre.... je suis trop heureuse de te lire, car si parfois j'admire la démarche du minimalisme, elle me met aussi mal à l'aise ! Et c'est seulement maintenant que je comprends pourquoi. Il faut de tout.

    Côté ville / campagne, je suis réaliste, je sais qu'il me faut les deux, que je "switch" comme on dit. J'ai des périodes, j'ai besoin de vert, de calme, de respirer. J'ai besoin de mer et de sable aussi. Mais la ville j'y suis bien, surtout Paris maintenant. J'ai enfin réussi à sortir des contradictions. JE fais ce qui me plaît, j'aime être où je suis ! Quand je vais chez mes parents, je suis pleine de nostalgie, de mon enfance, des lieux, et je sens tout de suite que l'air est meilleur, que c'est plus vaste... mais voilà, je suis bien aussi en ville désormais, et quelle ville ! Il faut de tout pour faire un monde, et je crois que comme les saisons, on a besoin de changer aussi. En tout cas, moi j'ai encore besoin de tout découvrir.... peut-être parce que je n'ai pas encore trouvé mon chez moi ? En tout cas je crée la paix en trouvant mes envies, et en installant mes pratiques et qui je suis là où je vais. (Et bien que je ne l'écrive pas en français, j'ai parlé des mes pratiques en ville)

    Je trouve que ta description est super pertinente, bien concrète. On est coupé. On est coupé entre nos fantasmes, et notre société. On est coupé entre les habitudes qu'on a prises, et nos souhaits au fond. A chacun de se trouver, ce qui lui correspond, et ainsi d'agir ! Bref, je crois que ton post était le plus clair de ceux que j'ai lu. Nous sommes modernes. A nous de voir de quelle modernité on se défait par choix si ça nous convient, de quels excès on se sépare. Pour se créer.

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    1. Grrrr, qui a mis ma Lou en colère ??? ;)
      Sinon, je suis plutôt d'accord : côté minimalisme, je me situe à l'opposé...ou entre ??? depuis longtemps : j'entasse, j'entasse, puis je me débarrasse (donne, hein, pas jette) pour faire le vide. Je me dis donc que j'ai, pour l'instant, besoin d'un minimum, au minimum..:). Mais j'avoue qu'il y a des objets que j'ai pu jeter ou donner, que regrette aujourd'hui. Je pense que chacun doit trouver son équilibre, et c'est le plus dur..
      Pour les bouquins, je plussoie. Inconcevable pour moi aussi.

      Pour le reste, nous sommes tous, à quelques exceptions, pleins d’ambiguïtés, et encore, moins pour les plus jeunes... Imaginez, quand vous avez 25 ou 30 ans d'habitudes qui sont fermement ancrées, par mode de vie, par éducation, par facilité... S'en défaire n'est pas aisé, et si un temps j'y ai cru, je sais maintenant que je suis partie trop tard pour ne pas avoir certaines limites : je ne pourrais renoncer à un certain confort, à une certaine sécurité (seule à la campagne avec deux enfants... bof), et surtout pas aux nouvelles technologies, qui permettent tant d'améliorations, de facilités. (je ne me vois pas sans lave linge, frigo, eau courante, non, désolée). On ne peut pas faire disparaître d'un coup l'évolution des siècles passés, il faut faire avec.
      De même, introduire du bio et du naturel dans sa vie, çà n'est pas si simple : cela demande une réflexion, des changements, et cela a un coût énorme, en temps et financier. S'il m'arrive de penser rêveusement à ceux qui ont pu tout abandonner, je sais que çà n'est pas pour moi. Donc, à chacun, oui, d'organiser au mieux sa vie, sans excès, et sans porter de jugement sur ceux qui font différemment.

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