Que veut dire être sorcier de nos jours ?


Nb : Cela fait maintenant un mois jour pour jour que j'ai commencé ce billet et je n'arrive toujours pas à avoir les idées claires sur la question. Vous me pardonnerez j'espère si l'article est un peu décousu.



Un sujet bien épineux dans lequel nous a plongé Nuno et pour lequel j'ai longtemps réfléchis un moment donné. Tout d'abord, rappelons que le sorcier à la différence de la sorcière était automatiquement quelqu'un de mauvais, dans les traditions populaires françaises tout du moins. Il utilisait les sortilèges, aimait avoir les gens sous son emprise, traficotait avec le petit peuple et les morts, faisait tourner le beurre, affolait le bétail ou le tuait etc. On disait communément qu'une sorcière pouvait aussi bien faire le mal que le bien, le sorcier en revanche était obligatoirement du côté obscur ...
Bien sûr je ne peux pas parler pour le genre masculin et je crois que Nuno a donné une bonne idée de sa vision des choses, voici donc la mienne au féminin.

J'ai trouvé la question difficile parce qu'au final je devais me placer de deux manières différentes : qu'est-ce que cela veut dire pour moi, et qu'est-ce que cela veut dire pour les autres. 

La première réponse qui m'est venue, pour moi, c'est : rien. Ça ne veut rien dire, parce que le terme a été ultra galvaudé ces dernières années, que ce soit sur la blogosphère ou par des gens connus du monde éso-spirituel. Une nana tambouille 2-3 herbes, tient un grimoire ça y'est c'est une sorcière. Elle voit ou parle avec les esprits, tire les tarots, fait des offrandes, c'est une sorcière. Que dire ? C'est probablement la raison pour laquelle je ne me suis jamais considérée comme une sorcière tant on mélangeait tous les genres et toutes les pratiques pour ce même mot. Mais d'un autre côté il faut admettre qu'une sorcière n'a pas forcément la même fonction dans toutes les cultures, alors qui a tort et qui a raison ? ...
J'ai gardé dans mon esprit une image de la sorcière peut-être pas très juste, socio culturellement parlant, mais pourtant il m'a semblé qu'il y avait un élément commun à toutes ces femmes d'europe (géographique) c'est qu'elles voient. C'est à dire qu'elles voient au-delà des choses, peu importe ce qu'elles pratiquent, leur vision est différente des autres personnes. Elle est pénétrante, pas forcément toujours voulue, souvent sans doute un fardeau même, mais elles ont une faculté qui oui je pense est applicable à toutes. Ensuite, le reste, c'est un peu comme du brodage, c'est un peu comme une grande marmite vide où l'on verse quelques petites pincées de ceci et de cela sur une base générale suivant les pays, les régions. En somme je pense que l'on peut définir une base sur ce qu'est ou peut être une sorcière, mais en aucun cas dire : une sorcière est comme ceci et comme cela, et si ce n'est pas le cas alors ce n'en est pas une. Se serait nier la multiplicité culturelle chose que, je trouve, on a tendance à oublier lorsque l'on parle d'archétypes si ancrés dans les consciences populaires. 

Pourtant moi aussi je traine ma "sorcière stéréotypée", très idéalisée sans doute, très romantique, très conte de fées. N'oublions pas aussi les lieux qui ont leur importance, pour moi une sorcière c'est l'image de la femme sauvage par excellence automatiquement accolée à la forêt, aux landes, aux montagnes bref à la nature, ce qui ne sera très probablement pas le cas d'une personne vivant et adorant la ville qui se fera une image de la sorcière sans doute plus vaudooisante, quelque chose de très charnel, très sexy mais d'une autre manière, une perception un peu vampiresque de la chose, je ne parle évidemment pas de Twilight qui est d'une fadeur monstrueuse, je ne parle pas de l'archétype du vampire en tant que tel mais ce qu'il représente. A ce titre une city-witch n'est pas forcément en liaison permanente avec des entités sombres ... Encore une fois, cette image que j'ai décris est probablement très loin d'une certaine réalité et est probablement aussi stéréotypée.

Autrefois dans les campagnes une sorcière était dite sorcière parce qu'elle était reconnue par les autres en tant que telle mais elle ne s'auto proclamait pas ainsi. Maintenant que tout le monde peut faire sa petite vie dans son coin, et surtout sur le net, n'importe qui peut se dire sorcière mais qui y accordera un véritable crédit ? Une sorcière qui travaille seule ça ne sert à rien, elle a besoin d'une communauté pour pouvoir exister et pour pouvoir officier, elle a besoin de gens qui viennent la voir, qui la demande, qui la harcèle. Elle peut elle-même s'ostraciser mais le chemin vers une sorcière, tout le monde le connait intérieurement, tout le monde à un moment ou un autre sait comment la contacter. C'est aussi cette question du groupe qui a fait que je ne me suis jamais sentie pleinement sorcière étant totalement seule et n'étant jamais contactée. Je sais que pour certaines personnes je suis ce qui se rapproche le plus de cette notion, c'est ainsi qu'elles me voient, je ne peux pas les contredire c'est leur vision des choses et d'une certaine manière oui ça me fait plaisir (sans me monter un chou gigantesque puisque de toute façon je ne cherche aucune légitimité particulière) et bien que dans le monde des Rêves j'ai effectivement été appelée ainsi c'est justement, probablement, sur un plan différent que je dois apparaitre comme cela. Je suis une sorcière dans l'âme mais pas dans le quotidien et je n'en ai pas besoin. Savoir que cela est en moi me suffit, je n'ai jamais vraiment cherché à revêtir une quelconque image pour prouver aux autres (et à moi-même ?) que j'étais capable de quelque chose et que je rentrais dans une case. Pourtant oui parfois je fais des petites choses, dans l'intimité de la nuit, je tricote des mots, des pensées, mais cela reste tellement intime justement que je n'en parle pas ici. Je me suis détournée des objets usuels qui donnent une certaine image de la sorcière bobo du 21° siècle.


On confond facilement des notions et termes quand on est pas dans le milieu et souvent on fait la distinction encore entre sorcière et sorcier, comme autrefois. Un sorcier c'est comme un marabout, qui vient te piquer ton fric et qui laisse sa petite carte dans les boites aux lettres te promettant le retour immédiat de ton amour/amant à coup de macumba complètement inventée. Je ne sais pas pourquoi on a automatiquement collé l'image d'une personne noire/africaine/antillaise/brésilienne etc pour le sorcier, probablement un vieux relent bien dégueulasse des joies des colonies française qui nous ont laissées pendant très longtemps les images des grands noirs bien musclés aux dents très blanches se réunissant le soir dans leur quartier pour faire du vaudoo et d'autres rites si dangereux mais si excitants. Il y a un "exotisme" minable dans cet amalgame mais qui, au fond, le cultive ? ...
En revanche on sait parfaitement qu'un guérisseur/sourcier/médium/panseur etc ce n'est pas un sorcier.

Pour la sorcière, j'ai un peu plus de mal à savoir ce que les gens en pensent. Sans doute en ont ils une image très hippiesque, entourée d'un nombre incalculable de pierres, de pendules etc. Une image très new-age en somme. Mais j'ai l'impression aussi que les gens pensent que ce peut être tout le monde, eux y compris, il n'y a plus LA sorcière du coin, la célèbre, la redoutée, celle qui est connue des 4 ou 5 villages à la ronde si pas plus. Tout le monde connait des gens qui touchent à ça et je pense même que tout ce qui est "bien être" a supplanté l'image de la sorcière. Au final on en a plus tellement besoin d'elle puisque l'on découvre de plus en plus que l'on a besoin que de nous pour guérir, pour maudire ...

Ici dans les villages un peu reculés, dans les montagnes, on dit qu'il y a encore un vieux ou une vieille qui est "contactée" ou qui "contacte"  à l'ancienne, mais c'est de plus en plus rare. Maintenant on redirige vers des guérisseurs, vers les thérapeutiques transgénérationnelles, vers des professions, des personnes diplômées, qui sont visibles et en ville/dans des petites bourgades. On ne vas plus dans la forêt chercher ce qui nous terrorise, on ne va plus marcher haut dans la montagne pour s'asseoir sur un pauvre banc branlant, on va à l'église et on délaisse la sagesse immémorialle des racines et des os.


C'est un constat un peu amer non au final ? Mais pourtant le temps file et on doit avancer avec. Ce qu'il y a de bien dans ces cas là c'est qu'il y a toujours des gens pour aller dans le sens contraire. Ce qu'il y a d'encore mieux c'est que le siècle dans lequel nous vivons a infiniment besoin de spiritualité, de sorcières et de sorciers. Et ce qu'il y a d'encore encore mieux, c'est qu'il y a des gens intègres et passionnés qui brillent comme des petites étoiles au milieu de toute cette foule. Ils naissent ou sont dotés à un moment donné de leur vie d'aptitudes qui permettent d'aider les autres et de faire honneur en quelque sorte à ces lignées éteintes qui ont véritablement existé (je ne parle pas ici de filiation familiale), finalement elles perdurent, simplement sous une autre forme. Le plus "difficile" reste à savoir faire la part entre ceux qui sont inspirés et sont humbles et ceux qui sont de fausses lumières, trop fortes pour les yeux et qui ne réchauffe rien.




4 commentaires:

  1. Très bel article. Je me suis souvent demandé si je me considérais comme telle, et bien évidemment, la réponse est non, justement parce que cela ne veut plus rien dire. Etre "sorcière dans l'âme", c'est peut être là la vraie définition, puisqu'à partir de là, chacun peut y voir son propre sens.
    J'irai presque plus loin que toi, je dirais qu'une sorcière non seulement voit, mais ressent les choses différemment. Elle est "l'outil", et le reste n'est qu'enrobage. Et j'y ajouterais tout de même l'élément essentiel, le lien inconditionnel et fusionnel à la Nature.
    Il faudra me parler plus en détail de cet "appel" des Rêves... ;)

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  2. J'attendais avec impatience ta réponse, je savais que tu ferais un développement beaucoup plus poussé que moi. Je ne suis pas déçu :)

    Pour moi, ça a toujours voulu dire quelque chose, ce mot. Il a peut être été malmené, transformé et détourné, je trouve qu'il garde toujours sa tenue. En tout cas dans mon esprit à moi, pour le grand public, Harry Potter a fait beaucoup de mal ^^

    Mais il y a toujours un point sur lequel je bute sur la définition d'un sorcier : j'ai beaucoup entendu dire, de la voix de certaines connaissance ou de grands théoriciens : le sorcier est un intermédiaire, un lien, un "outil" (comme tu le disais Avelliana) avec les Dieux ( enfin avec ce que vous voulez). Et on insiste souvent avec un "essentiellement un intermédiaire"
    Et bien ça, ça me fait mal au cœur, parce que je ne me suis jamais senti comme tel. Juste une passerelle. Je me suis trop battu pour trouver ma personnalité et qui je suis que je ne peux pas et ne veux pas dire qu'un sorcier est juste un tube où passent des dieux et des pouvoirs.
    Parce que les sorciers et les sorcières, je les reconnais dans la rue par leur caractère, par la force animale et magnétique qu'ils dégagent. Par une étincelle dans leur yeux, par leur savoir vivre ... Ce sont des personnes qui sortent complètement du lot.Ce ne sont pas que des intermédiaires, en tout cas ce n'est pas ça qui les définit. Un tube c'est creux, un sorcier, c'est plein.

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    1. C'est vrai que ce qui passe médiatiquement sur les sorcières et sorciers détournent toujours un peu de l'image qu'on s'en fait. Cette influence malheureusement on ne peut pas y faire grand chose, du moins à grande échelle, en revanche par nos conversations intelligentes et calmes on peut faire comprendre à notre entourage proche et aux gens qui croisent nos vies que c'est tout à fait autre chose =) Et au final je pense que les gens sont bien plus réceptifs au folklore "réel" qui a vraiment existé près de chez eux que sur un écran.

      Je te suis totalement pour ton dernier paragraphe. Réduire le sorcier à un simple lien ou intermédiaire c'est oublier tout le reste, c'est avant tout une personne =) Avant de penser aux dieux, aux entités, il faut penser à tout le travail qui est et a été fait, et aux autres pratiques qui sont complémentaires.

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  3. Nuno, on s'est peut être mal compris : j'ai bien dit "outil", (entre guillemets) et non pas intermédiaire, et volontairement. Le terme est peut être mal choisi, mais c'est aussi pour cela que j'ai précisé que le reste n'était qu'enrobage, et là je parle de tous les objets de ce que l'on considère aujourd'hui comme la "culture folklorique sorcière" ; un vrai sorcier est à mon sens à lui seul le "pouvoir" ; et c'est bien pour cela que tout le monde ne peut s'appeler ainsi, moi la première...

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