La période du rejet, une phase indispensable




Très probablement avez-vous déjà expérimenté cette délicate et souvent douloureuse période de rejet dans vos pratiques, dans vos idées et points de vues, dans vos certitudes. En ce qui me concerne il y a un élément déclencheur qui m'indique tout de suite que j'entre dans une phase comme celle-ci c'est quand je commence à en avoir marre de tout : marre du net éso, marre de mon forum, marre des gens que je côtoies, des discussions etc. Bref quand j'ai juste envie d'envoyer mon pc loin, d'aller me rouler en boule au pied d'un sapin et de faire l'ours. Là ce serait plutôt une phase "légère", la plus lourde c'est quand je commence à penser des choses inverses de mes habitudes, que je rejette des fondements, des bases, des principes personnels que je croyais immuables. Quand tout d'un coup votre petit univers, votre petite bulle vous semble trop étroite et ne plus correspondre du tout à vous même, passé le choc, que reste t-il ? On est nu, tout simplement, sans repères, sans ligne directrice. Mais cela ne vous a t-il jamais paru bizarre voire incongru que nous ayons besoin de tant de soutient purement mental pour avancer ?
Je me rends compte alors que je ne suis possédée que par mon esprit, que mon intellect dirige tout et que lorsqu'il s'éteint ou se met à faire n'importe quoi j'ai l'impression de ne plus être, de ne plus m'appartenir, d'être dans un entre deux. Mais pourtant je suis toujours là, n'est-ce pas ? J'ai toujours mon énergie, j'ai toujours mon langage propre avec l'univers, il y a toujours le chant du cosmos qui résonne en moi. Et si c'était ça au fond le plus important ? Le reste me semble au fil du temps n'être que des détails.

Ce que l'on construit ce n'est pas une pratique c'est une moyen d'entrer en contact avec des énergies plus subtiles qui nous entourent constamment, c'est un langage personnel. Nous construisons notre abécédaire, notre pages jaunes interstellaires en quelque sorte !

On a tendance à vivre douloureusement ces périodes de rejet que l'on devrait au contraire, selon moi, accueillir à bras ouverts. En Asie on dit très souvent qu'il vaut mieux accompagner les choses plutôt que d'aller contre, cela évite la souffrance et l'égarement. J'ai l'impression que dans notre culture c'est tout le contraire, on nous apprend à combattre, on nous apprend que pour avoir ce que l'on veut il faut montrer les crocs et que quand quelque chose fait obstacle he bien il faut le détruire. Cette mentalité du rentre dedans ne me correspond plus. Lorsqu'il y a un obstacle plusieurs choix s'offrent : le détruire, le contourner, l'accepter. Quand il n'est plus présent ce n'est pas parce qu'on l'a vaincu mais parce qu'on a compris ce qu'il voulait nous dire, il s'est effacé pour nous permettre d'avancer encore un peu sur notre chemin jusqu'au prochain palier. 

C'est la même chose pour nos conceptions personnelles. Plus de messages de l'autre monde ? Plus de visions, plus de capacités, plus d'envie ? Pourquoi en faire tout un drame ? Il y a encore plus de la moitié de notre vie qui se déroule sous nos pas, se serait naïf de penser que les choses resteraient ainsi pour toujours sans le moindre changement. Le problème majeur c'est que l'on prend tout pour acquis, pour certitude. La spiritualité touche notre être au plus profond, on a l'impression d'être dans un filet de sécurité, on aimerait être dans ce cocon sans que rien ne change, surtout pas, sinon la peur cette horrible (et pourtant si sage) sensation pourrait bien venir nous asticoter. 
Il faut apprendre à se laisser bercer sur les grosses vagues de notre propre vie, en ayant conscience de la chance que nous avons de pouvoir cueillir quelques fruits au passage qui nous permettent de mieux se comprendre ainsi que le monde qui nous entoure. 
En rejetant les choses, en muant, on se construit encore et toujours, vers quelque chose de toujours plus "vrai", de toujours plus pur. On se débarrasse au fil des ans de préjugés, de stéréotypes, de conceptions sociales qui ne sont pas les nôtres mais que l'on assimile tout de même, d'anciens legs familiaux etc. On se détache de cette peau qui nous colle dès que l'on nait et que l'on a pas demandé. On se détache de toutes ces couches qui s'amassent et qui cachent ce que nous sommes véritablement. 
Le rejet est indispensable, il nous permet de réfléchir profondément, de se questionner sur des sujets qui sont au fond les plus indispensables, ceux qui véhiculent leçons et sagesses. 

Quand j'arrive au bout de la mue je me rend compte que les choses qui en découlent sont toujours de plus en plus simples. Je vais vers l'essentiel, je tends vers le chemin le plus court, je me dépouille. Je comprends que ce dont j'ai besoin est simplement mon propre langage mais plus que tout, au lieu de m'évertuer à entrer dans des sphères de questionnements qui ne servent à rien (crise identitaire de telle ou telle pratique, pourquoi une bougie noire et pas rouge, me faudrait un autel et un chaudron et un tarot et des pointes de quartz et un pendule et ..., machin a raison puisqu'il est né avant bidule et est donc dépositaire, brigitte est une vraie prêtresse puisqu'elle a reçu le diplôme de l'ordre de trucmuche et qu'à l'écrit elle est balaise (mais probablement dénuée de toute sensibilité en dehors), je suis parti en Chine pendant 3 ans me geler le cul sous les chutes et j'ai dépensé un fric monstrueux pour au final revenir sans avoir rien appris and so on ..).
Les meilleures phases sont celles où il ne se passe plus rien, parce qu'on ne réfléchit plus à rien, on laisse les choses se faire d'elles même et c'est ça la clef. Pensez que l'on est constamment dans notre propre cerveau, on ne fait que penser, encore et encore, dès qu'on se réveille jusqu'à ce qu'on se couche, on se maltraite en quelque sorte ! On ne laisse aucune place au silence, ce silence intérieur si précieux qui pourtant nous permet d'entendre enfin ce que l'on a besoin d'entendre mais qui reste prisonnier, écarté et plongé loin, bien loin en nous.

Pour ce silence intérieur qui rugit en ce moment et qui veut "sortir" j'ai eu envie de faire quelque chose de plus marqué. J'entame une sorte de purification, corporelle et intellectuelle : des petits jeûnes (un jour par semaine pour commencer, liquide autorisé), méditations, marches, recueillements, lectures douces, travaux méditatifs, siestes, écriture mais seulement courte pas de réflexions intenses ...
Mon but est de déconnecter mon cerveau le plus possible, d'apprendre à le faire taire. Même si j'ai des impératifs (études, bébé etc) je sais qu'ils ne peuvent et ne doivent pas entrer dans cette sphère de repos, je dois apprendre à gérer les deux.

Je ne serais pas silencieuse ici pour autant, j'espère au contraire pouvoir alimenter ce blog à la fin de chaque semaine ou toutes les deux semaines environ de réflexions, de photos, de compte rendus.

3 commentaires:

  1. C'est étrange je le sentais venir ..
    Ce que tu dis est vrai, je me suis beaucoup reconnu. Quand ce genre de phase m'arrive (d'ailleurs je le sens aussi poindre ces temps-ci), j'ai toujours tendance à vouloir me raccrocher à tout ce que je peux, à ne pas vouloir laisser partir cette passion, à alimenter le feu avec n'importe quoi parce que je n'ai plus de bois. Et finalement je fais tout un drame de cette panne sèche, en me lamentant. Ça devient une sorte de gouffre où tout le reste bascule, et c'est alors plus dur de remonter.
    Je devrais sûrement comme toi lâcher prise et accepter, parce qu'on fond de moi je sais que j'en ai besoin, de cet arrêt, de ce moment calme et épuré quand tout commence à devenir un fourmillement qui bourdonne.
    Merci en tout cas d'avoir sorti ça, et je te souhaite un bon silence :)

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  2. Quel bel article !

    Il résume exactement mon voyage en fait, et pourquoi il sera si dur de le raconter : la vie, le silence, l'arrêt de la pensée. Je suis en paix et c'est tout ce qui compte maintenant.

    Et c'est assez drôle... car j'ai préparé un article (anglais) parlant de ce sujet, car si j'y arrive (en piplette née...) j'aimerais effectuer un mois complet au moins de silence virtuel, ne plus rien écrire sur le net pendant le mois de Novembre. Prendre mon recul, mon repli, essentiellement en lien à mes nouvelles pratiques, et à mon culte des morts.

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  3. Ton article me touche au plus haut point, et comme nous en avions déjà parlé, je comprends tout à fait ton analyse, et je la partage. Je viens juste de publier un article en ce sens. Tout dans ce que tu dis me parle, et me rassure un peu, j'avais l'impression d'être un ovni de la sphère pour avoir ce genre d'attitude... Ton paragraphe sur la "mue", sonne particulièrement vrai. Et c'est typiquement ce que je suis en train de vivre, depuis un moment, d'où, comme toi, cette retraite nécessaire, ce retour à l'essentiel..

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