Le refuge intérieur


Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à la méditation en vue de la pratiquer, il y a environ 10 ans, je me souviens avoir lu un livre qui s'appelait "Zen ! La méditation pour les nuls" (de la série qui commençait tout juste à sortir). Pour moi méditer revenait à partir en quête, de moi-même, du silence, de la paix. Je voulais méditer pour me relaxer, pour faire le vide, pour réagir avec moins d'émotivité, pour arriver à mieux me "contrôler". Sans en avoir fait je reconnaissais ses vertus, j'étais persuadée que la méditation était quelque chose de très bénéfique et j'en arrivais à penser au fil du temps que tout le monde devrait la pratiquer. Dans la ville où je me rendais il y avait un dojo zen, dans une petite ruelle, je me souviens encore exactement où il se situe. La devanture très épurée qui ne montrait pratiquement rien m'impressionnait par sa sobriété, je la trouvais austère, repoussante même parfois, propre à ne pas vraiment donner envie d'entrer, mais je compris plus tard pourquoi en étudiant d'un peu plus près le zen. Je n'ai jamais franchis le pas de rentrer et de voir la personne qui enseignait.
Quoi qu'il en soit quelque chose était en marche, quelque chose s'est déclenché en moi dès la lecture de ce livre et surtout dès que j'ai acheté mon zafu.

Lorsque j'ai commencé à méditer j'ai essayé plusieurs techniques, respirations, vide intérieur, regarder ses pensées passer. Je ressortais de mes séances frustrée, il me manquait quelque chose. Bien sûr j'étais beaucoup plus détendue et même si je n'arrivais pas au résultat escompté ou tout du moins à mes objectifs idéalisés je ressentais le bien être que cela me procurait.
C'est la dernière technique qui m'a propulsée si je puis dire plus profondément dans la méditation, celle de l'imagerie mentale. Je me souviens de ma toute première séance avec cette technique comme si c'était hier. Je devais trouver une image qui me corresponde et qui m'aide à me "fixer". Très vite mon choix s'est porté sur l'eau et immédiatement est venue l'image d'un lac et d'un ponton. Cette image varie selon mon humeur, mon vécu, du moment, mais globalement voici comment cela se passe :

- au départ je me vois marcher sur le ponton dont le bois craque légèrement. Le lac est grand, entouré d'ajonc et de plantes aquatiques hautes. Je ne vois pas l'autre rive, en face. Il fait jour, un doux soleil brille et j'entends tous les petits habitants du lac s'égailler : les grenouilles, les grillons, un plouf de poisson etc .. je m'assoie en tailleur sur le ponton et je contemple.
- je suis assise au bord du ponton, mes jambes pendent et frôlent la surface de l'eau, je ne ressens pas si elle est fraiche ou non. Le jour commence à s'étirer et à décliner, le ciel prend des teintes violettes, orangées. Des canards traversent soudainement le lac en volant. Les doux bruits de la nuit s'élèvent petit à petit. Il n'y a pas d'herbes hautes qui entourent le las mais une prairie de part à d'autre et des arbres la bordent un peu plus loin.
Mon champs de vision est toujours très étendu comme si je pouvais voir à 180°C.
- il fait nuit, je suis allongée sur le ponton et je regarde les étoiles, la voie lactée, des étoiles filantes passent. Les sons de la nuit sont bien présents, il fait bon, je n'ai pas froid. Je contemple la voute étoilée et je me sens en profonde communion avec le Tout. Un vent très léger souffle parfois.


Voilà les variantes qui reviennent le plus. Ces méditations sont les plus paisibles, profondes et relaxantes que j'ai fait jusqu'ici. Avec le temps cela a dépassé le cadre de la méditation et ce lac est devenu mon refuge intérieur. En bon cancer que je suis parfois je dois tout à coup rentrer dans ma carapace, que je le fasse consciemment ou non, afin de me protéger, l'image mentale du lac surgit instantanément et il m'est très facile de me "connecter" à cet endroit. Les sons surtout sont très clairs.
Malheureusement depuis quelques temps j'ai du mal à revenir à ce refuge intérieur. Je ne peux pas "tenir" la vision aussi longtemps par exemple ou bien elle est beaucoup moins précise qu'avant.
Peut-être est-il temps d'en trouver un autre, qui sait ?

2 commentaires:

  1. Comme toi, mes premiers pas dans la méditation ont été un peu difficiles. Et j'ai découvert la visualisation, sans d'abord en comprendre toute la portée. Et oui, quel bonheur de pouvoir se recentrer en quelques secondes dans un endroit secret ! j'ai moi aussi quelques "refuges", où je me rend selon l'humeur ou le besoin. Car on peut aussi y faire des rencontres, et c'est encore plus palpitant. Curieusement, j'ai aussi cette impression que certains lieux sont plus inaccessibles qu'avant, quand d'autres surgissent. D'autres sentiers peut être...

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  2. J'ai pas encore fait de rencontres mais j'espère un jour =) Oui, d'autres sentiers, je pense que ces refuges servent de bulles pour un moment donné et qu'ensuite il faut les laisser pour d'autres ailleurs ..

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