De l'eau ! partie 1

D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours pleuré pour un rien. Une musique, une image, un souvenir, des périodes plus ou moins intenses. Une simple pub un peu bien tournée me fiche les larmes, 5 mn d'un concert de Joe Hisaishi sur Youtube va me faire verser des torrents, sans parler d'une fin de film romantique ou d'une scène poignante et les chutes du Niagara ne sont pas loin.
J'ai épisodiquement réfléchis à cette hyper ? -sensibilité, si l'empathie n'était pas loin ou si j'avais tout simplement un cœur d'artichaut doublé d'un fluffysme à toute épreuve (mes aïeux ...).
Je change de chaine si je vois une personne s'effondrer sinon deux secondes plus tard je suis dans le même état (que se soit de bonheur ou pas), un petit mot me fait passer en autant de temps d'un gros sourire à un visage décomposé et je ne parle même pas de la colère qui me fait monter dans les aigus lorsque les larmes s'en mêlent et qui me rendent muette (ce qui n'est peut-être pas plus mal au final, je viens d'une famille de gueulards).

Lorsque je repense à mon passé sans conteste le chagrin est très présent, je me souviens de beaucoup plus de moments passés à pleurer qu'à avoir eu des fou rire. Pourtant je ne suis pas quelqu'un de malheureux. Je n'ai jamais renoncé à pleurer par convention sociale : tu es faible/une guimauve, ça ne se fait pas/et encore moins en public, il faut être forte/serrer les dents, il faut montrer "l'exemple" ... heureusement pour moi je ne suis pas un homme j'ai donc en toute légitimité "le droit" de pleurer, c'est même tout indiqué pour une femme, sinon c'est limite si on a pas de cœur. A une époque, les gens qui ne pleuraient pas me faisaient peur, j'avais l'impression qu'ils étaient tout secs à l'intérieur, que rien ne pouvait les atteindre, qu'ils étaient comme des robots. C'est peut-être vrai pour certaines personnes mais j'ai finalement compris qu'elles évacuaient leurs émotions autrement que par les pleurs. 


Au fil du temps j'ai pu constater à quel point il était difficile pour les gens de pleurer de joie. Une joie réelle, saine, qui vient du plus profond de soi et qui n'a aucun motif apparent. Les larmes de bonheur, d'allégresse, de joie de vivre dans son vrai sens, les larmes de l'instant présent pleinement ressenti et de cette communion, cette fusion si particulière avec le Tout. Et même si je vais un peu moins loin que ça être simplement touché par quelque chose de beau. Souvent je me demande "mais est-ce qu'ils ont des yeux, des oreilles ?" J'ai très souvent l'impression que c'est moi qui suis décalée, je me comporte comme une enfant qui découvre ce qui l'entoure, je m'émerveille devant des papillons citron, je fais des "hooooo" de joie, je reste avec un sourire béat pendant de longues minutes, je sautille, je cours, je tourne sur moi-même, j'éclate de rire, je cris ... bonjour je m'appelle Lou, j'ai 28 ans et j'ai l'air d'en avoir 4. Même si l'on vous dit avec un certain regard presque envieux que d'être ainsi c'est bien partout autour de vous vous voyez les gens se comporter à l'opposé. On ose pas, c'est "la honte", on est complètement freiné et cloitré, il faut y aller pour faire sauter les verrous d'un adulte ! Même avec ses propres enfants souvent il ne se lâche pas. Qu'avons-nous perdu ?
Où sont partis nos éclats de rire, nos larmes de bonheur ? Avons-nous si vite accepté de ne jamais montrer ce que nous ressentions, réellement ?

Oui, mon cœur se soulève pour un rien, je n'ai pas honte de pleurer devant de parfaits inconnus qui généralement se sentent si mal à l'aise devant une personne qui montre ce qu'elle ressent comme si ça ne leur arrivait jamais.
Ce n'est jamais que de l'eau, celle qui nous définit. A juste titre on dit que l'on pleure toutes les larmes de notre corps puisqu'elles le composent. Ce liquide précieux transmetteur de vie qui jaillit de nous parle pour nous et dit "vois, je suis un être sensible, un être vivant", je suis avant tout émotions, ressentis, énergies, vibrations. Les larmes disent bien mieux ce que nous ressentons réellement, il y a les amères, les colériques, les grosses larmes, les brûlantes, les libératrices etc. Même sur cette eau salée nous n'avons pu nous empêcher d'y apposer des mots.

Dans un rituel les larmes ont un pouvoir purificateur bien plus puissant qu'une simple visualisation. On sent littéralement les choses couler hors de soi, la douleur s'extraire ou bien le bonheur se propager et "exploser" tout autour de soi. Les larmes ont une symbolique bien particulière, elles représentent la vie mais aussi l'éphémère, on ne peut les garder, elles s'évaporent, transportant avec elle un souvenir que l'on a déjà oublié. Souvent comparée aux perles, aux gouttes sacrées, à l'ambre. Chez les aztèques, les larmes des enfants sacrifiés servaient d'intermédiaire pour appeler la pluie. Et que dire des lamentations dans l'histoire spirituelle, des pleureuses. Dans les rites funèbres elles ont un pouvoir phénoménal, très peu utilisé pourtant, il ne s'agit pas là de manifester la douleur et la tristesse, pas forcément, les lamentations servent aussi à conjurer, à l'objurgation faite aux morts afin qu'ils ne reviennent pas parmi les vivants.

Ce sont des exemples parmi tant d'autres, toutes les cultures ont une histoire spirituelle particulière avec les larmes. Lorsque l'on prend conscience qu'elles ne sont pas simplement une manifestation d'état d'âmes (il y aurait de quoi dire grâce à la langue des oiseaux à propos de cette expression ..) mais qu'en elles réside un pouvoir personnel immense alors on voit ces gouttes d'eau salée différemment et on utilise ce qu'elles nous permettent d'exprimer différemment également.
Pensez-y, la prochaine fois qu'elles remonteront à la surface !

2 commentaires:

  1. Ton texte m'a beaucoup touchée. Les larmes sont purificatrices, oui, et je m'en suis rendue compte à plusieurs reprises, mes rituels, les plus sincères et les plus simples, finissent la plupart du temps avec des larmes, quelles soient de joie ou de tristesse, ou de colère. Et cela est infiniment puissant. Comme toi, je pleure facilement de bonheur, plus aisément que de tristesse (je fais partie de cette catégorie de personne qui a appris à retenir ses larmes, pas par convention -encore que- mais surtout parce que j'ai été élevé comme un mec (parce que les mecs n'ont pas le droit de pleurer ???) ; hier encore, j'ai ri aux larmes avec les enfants, et c'est un pur bonheur. J'ai appris grâce à toi (et à la lecture d'"Aimer la pluie...", à mieux observer la pluie, à aimer s’égrener les gouttes, même si l'eau a toujours été un second élément pour moi. Merci pour ces émotions.

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  2. Ha le rire aux larmes ! Quelle richesse et quelle bénédiction nous avons de pouvoir l'expérimenter et le ressentir ! Ce sont de merveilleux moments de joie. Aimer la pluie ... est un petit trésor je te l'avais dit ^^

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