Mon guide, le thé.




{ © Vachuité }


Il y a quelques années maintenant j'ai découvert le thé. Je ne vous parle pas ici des thés en sachets mais ceux en "vrac", ceux que l'on ne broie pas et dont on garde les meilleures parties des feuilles. Ceux qui ne sont pas additionnés d'arômes, ceux qui ont de vrais bon gros morceaux de fruits secs et d'épices.
En commençant à boire du thé en sachet je ne savais même pas qu'il en existait de bien meilleurs, pour moi thés, tisanes, ne se résumaient qu'à de petits carrés en papier.
Mais, lorsque je ne sais plus comment, j'ai soudainement pénétré le monde du thé dans toute sa splendeur, ce fut véritablement une révélation. Depuis il est devenu mon compagnon quotidien, un guide et un trésor de sagesse.

La blogosphère est alors devenue un gigantesque réseau dans lequel je voyais tout un tas de gens parler du thé avec un respect qui, me semble t-il, ne se partage pour aucune autre boisson. J'ai découvert  François-Xavier Delmas, Jesse Jacobs, Stephane, Nikosan, Vacuithé ... et là je me suis dis que j'entrais dans un univers fascinant mais complexe. Leur passion pour le thé est devenue la mienne bien qu'elle soit bien inférieure en terme d'investissement personnel que la leur, pour l'instant ! J'avoue que le blog de Stephane et celui de Vacuithé sont les plus difficiles à comprendre parfois pour moi, ils boivent des thés que je n'ai pas encore bu, ont une maitrise de l'eau et du temps de préparation que je n'ai pas encore, parlent avec des termes techniques qui parfois me laissent un peu perplexe et ont des objets devant lesquels je bave depuis plusieurs mois. Mais lire leurs articles et surtout regarder leurs fabuleuses photos procurent un voyage qui n'existe que par et pour le thé.

Le thé est devenu un objet marketing très tendance, au même titre que les pensées orientales, le zen, le bouddhisme, le yoga, le bambou (si, si c'est assez hallucinant tout ce qu'on peut trouver sur le net quand on fait une recherche sur le bambou et ce qu'en pense les gens), la musique relaxante and so on.
Pourtant le thé n'est pas un objet, c'est une essence, une spiritualité à part. Chaque thé à sa propre vie, son propre enseignement, son propre langage.
Nous, occidentaux, voyons le thé comme un détoxifiant paradisiaque après les fêtes, une promesse médicinale pour retrouver la ligne, un produit limite bobo pourvu qu'on l'achète dans de grandes maisons de thé, et j'en passe et des meilleures. Nous le voyons comme un breuvage exotique, une gageure d'un moment de détente que l'on arrive pas à trouver par un autre moyen. Bref, la plupart des gens ne voient que l'aspect extérieur du thé, ils savent à peine que le thé noir c'est du thé vert plus longtemps torréfié, connaissent plus la marque de capsules et de machines à faire du thé rapidement que leur véritables noms (et encore moins leur signification en chinois par ex - je n'en suis pas encore là non plus je n'en ai retenu que 2 ou 3), que les feuilles ne sont pas forcément toutes oblongues ni légèrement recroquevillées mais parfois sous forme de billes et même de galette et de brique qui sont les formes les plus courantes en Chine. Ils ne savent pas non plus qu'un thé peut se déguster comme du vin, en le recrachant une première fois pour que seul le palais soit imprégné du goût et des parfums que renferment le thé. Ils ne savent pas non plus que certains thés ne révèlent leur secret qu'en contact avec une certaine matière (grès, porcelaine, céramique) que le point d'ébullition de 100°C ne peut être obtenu que par les personnes bien situés géographiquement, et encore moins qu'il existe un voire plusieurs dieux du thé.
La liste est encore longue, il ne s'agit pas ici d'un manifeste pour pointer l'ignorance des gens mais plutôt l'incroyable univers riche et complexe que représente le thé. C'est un breuvage exigeant, fin, qui ne devrait pas être bu à la légère.

Lorsque je me suis rendue compte de toutes les choses mentionnées ci-dessus, et sachant que ce n'était qu'une infime partie de l'iceberg, je me suis dit dans un moment de faiblesse et probablement de feignantise que jamais je n'arriverais à comprendre le thé ni à bien le boire. Que tout cela était bien trop compliqué et que, vraiment, ces asiatiques, poussaient un peu trop loin une fois n'est pas coutume leur art dans un domaine quel qu'il soit, et que le thé, franchement, ce n'était que de l'eau et des feuilles.
Ohla hérésie totale, que n'avais-je pas pensé !

Mais comme ma passion pour tant d'autres choses que les asiatiques possèdent dans leur culture ne s'est jamais tarie et que le thé m'intriguait plus que je ne le comprenais à l'époque, je me suis laissée emporter. Je n'ai jamais été touchée par les vertus dont on l'affuble. Ce qui m'intéressait dans le thé se résumait à deux choses :

- l'univers très particulier qu'il fait naitre dès qu'une théière et des tasses sont posées sur une table et plus largement la culture (au sens social) qui s'est développée autour dans divers pays
- l'Histoire du thé (qui s'étale tout de même sur plus de 2000 ans), ses origines, ses légendes, ses personnages, ses différentes philosophies.

Plus tard s'est ajoutée un troisième point : les objets autour du thé.


A l'heure actuelle je n'en suis encore qu'aux balbutiements de mon épopée. Je commence à peine à différencier des goûts et parfums subtils, à saisir les différences de caractère. Je possède autant des thés anglais que chinois et japonais. Ce qui a sans doute changé en tout premier lieu lorsque je me suis lancée dans l'aventure fut ma manière de choisir le thé. Pour le thé vert je refuse de le boire autrement qu'en vrac, je le choisis dans une herboristerie, dans un magasin de thé près de chez moi ou bien on m'en ramène du Japon, mais je l'avoue, je rêve de goûter les fameuses galettes et briques qui représentent à mes yeux un des summums de la délicatesse et du raffinement en matière de thé. Difficile parfois de savoir d'où vient vraiment le thé vert qu'on vous propose, s'il vient vraiment de la région de la Chine qui est mentionnée, s'il a été récolté comme il se doit. Difficile aussi de trouver des vendeurs qui s'y connaissent réellement, qui ont la passion de la transmission et l'exigence du produit. Le thé noir reste pour moi synonyme de l'Angleterre, sans doute à tort, mais j'en ai une image incroyablement romantique. Cependant j'ai plus de mal à le boire, sa force est difficile à dompter, et souvent les mélanges proposés ne lui vont pas. J'estime qu'un thé noir doit d'abord se découvrir seul, s'apprivoiser lentement. Et ça ce n'est pas évident car pratiquement tout les thés noirs que l'on trouve maintenant sont des compositions. Mais je compte bien y arriver, il propose aussi, j'en suis sûre, autant de mystère et d'enseignement que le thé vert (c'est la même chose je le rappelle).

Sans doute avez-vous déjà entendu parlé de la cérémonie du thé avec le matcha. C'est celle qui est mis le plus en avant, mais il en existe bien d'autres ! Il suffit de faire une recherche rapide et vous en trouverez des cambodgiennes, des vietnamiennes, des chinoises, des indiennes etc. Vous vous rendrez compte alors que le thé est un tout, pas une boisson seule. Il est en lui-même une spiritualité précise, un code culturel, une initiation. Ses diverses philosophies vous emmènent sur la voie des sens, du lâcher prise, de la contemplation ainsi que du silence. Le thé a cette faculté de faire ralentir le temps, de le stopper parfois, et de nous projeter instantanément dans un ailleurs plus paisible.
Pourtant, une des choses qu'enseigne le thé c'est que l'impermanence des choses et des êtres ne se limite pas à leur mortalité et que la paix n'existe pas ailleurs qu'en soi-même.



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Qu'il est long ce chemin du thé ! Mais quelle richesse intérieure il apporte. Si vous buvez du thé en sachet, même s'il provient d'une marque connue et réputée, essayez de le troquer contre un thé en vrac, de simple allure, sans un packaging forcé et attractif. Commencez, pourquoi pas, avec un sencha, sans rien d'autre. Prenez un moment rien qu'à vous, dans le silence, appliquez vous et faites les choses avec soin. Choisissez une tasse ou un bol que vous aimez (même si elle/il est orange pétant, l'important ici n'est pas le design de l'objet mais les émotions qui lui sont attachées) ainsi qu'une théière, faites frémir votre eau et versez la doucement sur les feuilles vert foncé. Écoutez son chant, regardez son flot. Humez le parfum qui se dégage dans la pièce, essayez de découvrir les sensations que font naitre ses odeurs. Fermez les yeux et porter votre tasse/bol à vos lèvres. Buvez une gorgée lentement et prêtez attention à tous les goûts qui se développent instantanément dans votre bouche. Puis, repérez ceux qui se développent quelques secondes voire quelques minutes après. Attendez avant de boire à nouveau. Vous remarquerez déjà que votre pouls ralentit, que vos muscles se détendent, que votre esprit s'allège. Vous entrez progressivement dans un état second méditatif et tout cela avec seulement de l'eau et des feuilles.

C'est ça, l'esprit du thé.


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Le chant du thé - extrait


Le premier bol onctueusement humecte lèvres et gosier;
Le deuxième bannit toute ma solitude;
Le troisième dissipe la lourdeur de mon esprit;
Affinant l'inspiration acquise par tous les livres que j'ai lus.
Le quatrième produit une légère transpiration;
Dispersant par mes pores les afflictions de toute une vie.
Le cinquième bol purifie tous les atomes de mon être.
Le sixième me fait de la race des Immortels.
Le septième est le dernier .. je n'en puis boire davantage.
Une brise légère sort de mes aisselles.


2 commentaires:

  1. Un très bel article, l'art du thé est toujours riche d'enseignements, et un délice pour tous les sens.

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  2. Merci ! =)
    Oui c'est un enseignant parfois exigeant mais incroyablement prolifique !

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