L'effet placebo ou "l'effet du sens"



Que se soit dans le domaine scientifique ou spirituel l'effet placebo dérange encore beaucoup. Invalide pour certains, garantie d'un non lieu pour d'autres, excuse passe partout, l'effet placebo a bon dos. On le mélange à toutes les sauces, on le brandi pour expliquer un effet que l'on ne veut pas regarder en face parce qu'on ne le comprend pas, il est devenu un terme vulgaire pour dénigrer un système réactionnaire physique sur lequel on ne peut pas encore mettre le doigt ou plus communément pour une explication qui ne satisfait pas car en dehors des normes acceptables.

L'effet placebo ne m'a personnellement jamais dérangée, je suis convaincue de son existence mais surtout de son efficacité. Thierry Janssen dans son livre "La solution intérieure" va vous expliquer bien mieux que moi ce qu'il en est. J'ai pris soin de prendre des paragraphes entiers afin de ne pas juste relever une phrase sortie de son contexte.

A noter que l'effet inverse existe, appelé l'effet nocebo, j'y reviendrais dans un autre article.


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"A l'université de Turin, en Italie, Fabrizio Benedetti a montré que l'analgésie obtenue avec un placebo est supprimée si l'on administre au patient de la naloxone - une substance qui bloque les récepteurs cérébraux de la morphine et des opiacés naturels produits par l'organisme. La preuve est donc faite : l'analgésie placebo agit de manière spécifique au niveau des circuits neurologiques de la douleur.
Une étude scandinave réalisée à l'aide d'un scanner tomographique à émission de positrons (PETscan) a d'ailleurs montré que le placebo antidouleur active les mêmes zones cérébrales que celles qui sont stimulées lors de l'analgésie par les opiacés. Et, d'après une étude américaine réalisée par résonance magnétique fonctionnelle du cerveau et publiée en 2004 dans la revue Science, le placebo exerce son action à la fois sur la composante sensitive et sur la composante subjective de la douleur.

L'effet placebo est donc bien réel. Il peut influencer la pression sanguine, diminuer les œdèmes, réduire l'acidité gastrique, baisser le taux de cholestérol, modifier le nombre de globules rouges et des globules blancs, et même améliorer l'activité cardiaque enregistrée par électrocardiogramme. Des études plus récentes réévaluent son incidence à la hausse. On parle de 70%, voire 100%. Certains avancent que tout acte thérapeutique comporte un effet qui ne dépend pas spécifiquement du traitement, mais simplement des facteurs inhérents à la relation entre le thérapeute et le malade.[...]


Daniel Moerman, anthropologue à l'université du Michigan, préfère qualifier l'effet placebo d'"effet du sens". Ce qui compte, c'est l'information véhiculée par la médication ou la procédure thérapeutique. [...] La conviction du thérapeute est donc un élément primordial pour l'obtention d'un résultat thérapeutique. Une étude réalisée dans plusieurs centres hospitaliers l'illustre fort bien. Le but était de tester l'efficacité d'un nouveau médicament contre l'hypertension. Dans l'un des centres, les médecins étaient convaincus de la supériorité de la nouvelle molécule par rapport aux anciens traitements. Ils obtinrent d'excellents résultats : la pression sanguine de leurs patients diminua de manière significative. Dans les autres centres, rien ne prouvait la supériorité du médicament par rapport à un placebo. Le doute s'installa et les chercheurs perdirent leur enthousiasme. On décida cependant de poursuivre l'étude et, à la surprise générale, on cessa totalement d'enregistrer de bons résultats avec le nouvel antihypertenseur, y compris dans le centre où les premiers tests avaient montré son efficacité. La seule chose qui avait changé, c'était la conviction des chercheurs. Une conviction qu'ils n'arrivaient plus à transmettre à leurs patients.[...]

L'idée que se fait le malade à propos de l'efficacité d'un traitement influe donc le cours de sa guérison. Curieusement, la médecine moderne semble redouter cet aspect de la pratique thérapeutique. Lorsque je travaillais à l'université, je participais à de nombreuses études cliniques afin d'évaluer l'efficacité de certains médicaments ou de certaines technologies. Chaque fois, il fallait exclure l'effet placebo. Comme si celui-ci était un ennemi, une sorte d'empêcheur de soigner en paix.
L'explication tient sans doute au fait que notre culture valorise la performance. Le médecin doit y faire la preuve de ses compétences techniques. Par conséquent, les rôles sont distribués : le patient subit, le médecin soigne et guérit. Une participation active du malade au processus de guérison remettrait en cause l'efficacité et l'utilité du soignant. Dans la même logique, l'industrie pharmaceutique cherche à minimiser l'effet placebo afin de démontrer la nécessité des médicaments qu'elle propose. Croire que le malade possède en lui un potentiel de guérison reviendrait à ébranler la toute-puissance de la science moderne dans son action sur le cours des évènements."

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